Aujourd'hui, j'ai décidé d'être particulièrement gentille. Je me suis levée et je me suis dit qu'être gentille, c'était sûrement gentil pour les autres, et que ça me ferait sûrement sourire. En effet, aujourd'hui aussi, j'ai décidé de ne pas avoir de vocabulaire.
Des dossiers incomplets pour l'inscription aux examens aidant, je me trouve dans une situation bien délicate. Je dois me présenter à cette chère POSTE pour acheter deux timbres et deux grandes enveloppes cartonnées affranchies à 1¤33. Pour précisions (totalement inutiles), les deux timbres sont pour moi mais pour que mon dossier soit complet, il ne me faut qu'une seule enveloppe cartonnée. « Mais pour qui est donc la seconde ? » Je vous l 'ai dit : aujourd'hui, je suis gentille. Ma B.A. de la journée consiste à acheter cette enveloppe pour une amie qui a la phobie des transports en commun et limite donc ses déplacements.
Première étape : se motiver. Il était bien sûr hors de question que je me déplace dans ce lieu maudit sans avoir déjeuné. Fin des cours : 13h30. Arrivée chez moi : 14h00. J'ai faim, mais j'hésite longuement entre une sieste et mon déjeuner. Ce sera... FACEBOOK (et autres), jusqu'à 15h30. Suit une autre longue (très longue) hésitation.
« Bon, allez, j'y vais demain et je rends le dossier lundi »
Non, j'y vais ! Je ne suis pas la seule concernée, et je suis gentille aujourd'hui.
J'arrive à LA POSTE en toussant et reniflant, parce que, oui, je suis malade ! Il est 15h49. Je prends un ticket. Me voilà aussitôt surprise de constater que la machine n'est pas très aimable. Elle ne m'invite pas à prendre mon ticket, il me le crache. Avec ce genre de machine, soit tu as l'habitude et ta main se trouve directement sous l'encoche par laquelle le billet d'attente va sortir (la chance, ça marche aussi); soit tu débute et tu assistes impuissant à la chute libre de ton ticket sur le sol, pas toujours propre, de LA POSTE. J'étais débutante.
VOUS AVEZ DEMANDE LE SERVICE
« AUTRE DEMANDE »
VOUS POSSEDEZ LE TICKET N° 586.
MERCI DE VOTRE ATTENTE.
Et là, ça commence, tu te rends compte que tu t'es fait avoir par LA POSTE. Tu lèves les yeux. Tu te sens tellement seule, ton casque sur les oreilles, le mouchoir dans cette main prête à se ruer sous ton nez à n'importe quel moment. Désespérément seule. Au début, tu ne comprends pas, des chiffres clignotent sur les tableaux d'affichage. Des rouges, des jaunes, des numéros de guichets... LA POSTE n'a pas de logique, sachez le ! Et il y a ce numéro qui attire ton attention. Tu le fixe en te disant « Naaaaaan, c'est impossible. » Et au bout de cinq minutes, tout devient limpide : tu vas mourir ici, sur le sol de LA POSTE. Numéro : 555. Il n'y a que 31 personnes devant toi. Le point positif, c'est qu'au moins, il y a de quoi rigoler pendant que tu patientes.
Il y a cette dame qui prend un ticket dans un service. C'est une débutante alors le ticket tombe par terre, naturellement. Elle le ramasse, comprend que ça va être long, est pressée, sort un autre ticket dans l'autre service. Et là... chose plus qu'improbable se produit, le deuxième ticket tombe aussi par terre. Et pendant dix minutes, me voilà rêvassant à la vie de cette pauvre femme qui ne retient pas les leçons de la vie. Vivant seule avec 32 chats ; touchant toujours la poignée de sa casserole brulante, oubliant systématiquement sa carte dans le distributeur ; claquant la porte de sa voiture, les clés encore à l'intérieur...
Il y a ce couple de petits vieux attachant qui ne sait pas à quel guichet se présenter à l'appel de leur numéro. Ils donneraient presque envie d'être vieux, heureux et un peu dépassés par le progrès. Mais, il faut vivre avant d'être vieux.
Il y a ce type qui part à l'autre bout de LA POSTE pour récupérer son colis alors que quelques centimètres vers la gauche auraient suffi.
Il y a ces gens qui regardent leurs tickets, l'écran, leurs tickets, l'écran, qui soupirent et regardent autour d'eux. Non, vous n'êtes pas seuls. Chaque personne dans cette pièce a déjà vécu cette situation entre cinq minutes et une heure avant vous. Et à part un suicide collectif, on ne peut rien faire.
Et il y a moi, écoutant Belleruche, Babylon Circus et Caravan Palace, les yeux dans le vague, souriant légèrement, le ventre vide, patientant depuis une heure pour deux enveloppes cartonnées.
Deux enveloppes cartonnées, quoi.
Heureusement, les gens qui travaillent dans cet endroit sinistre sont de bonne humeur et souriants.
Cela diffère des clients.
Du coup, je suis repartie, un sourire franc aux lèvres.
La vie est belle.